Plieurs de papier
L’origami pour moi est avant tout une vision japonaise de l’art et de la vie en général : partir de règles très contraignantes et développer des techniques extrêmement raffinées. Que ce soit la cérémonie du thé ou le kyodo (tir à l’arc traditionnel), ces pratiques visent tout autant à réaliser quelque chose de beau qu’à atteindre une paix intérieure. L’origami n’est pas différent. Quiconque a entrepris de plier même une simple grue sait que calme et concentration sont nécessaires à sa réalisation.
Les contraintes de l’origami sont simples :
- Une seule feuille de papier. Elle est traditionnellement carrée mais les réalisations modernes ont assoupli la règle et utilisent des feuilles rectangulaires ou d’autres formes.
- Aucune découpe. C’est là que réside tout l’art de l’origami. Seuls des plis sont utilisés pour créer toutes les formes.
En tant qu’art, l’origami pose la question de la contrainte dans la réalisation artistique. Le fait d’être limité par les règles très strictes de la création conduit à une créativité accrue, comme la structure de la pierre permet au sculpteur de découvrir sa statue. À l’écrit, la poésie traditionnelle avec ses rimes, ses pieds et ses formes définies (sonnet, le haiku japonais) permet la création d’une sculpture de mots concise mais au sens multiples. Depuis environ soixante ans, l’origami est aussi devenu une science à part entière qui se nourrit de théories mathématiques avancées (théorie des groupes par exemple) pour permettre le développement de modèles de plus en plus complexes et raffinés. Comme le montre cet article sur la trisection de l’angle, l’origami permet aussi de résoudre facilement des problèmes de géométrie qui sont insolubles à la règle et au compas. De façon plus pratique, les origamis sont utilisés pour le déploiement de panneaux solaires de satellites ou pour le pliage d’un airbag.
Je voudrais présenter ici deux plieurs de papiers contemporains qui travaillent de façon entièrement différent. Le premier, le français Éric Joisel (galerie en français, site en anglais) travaille en artiste (voir image ci-dessus). Sculpteur à l’origine, il s’est maintenant spécialisé dans l’origami. Ses créations sont réalistes, fluides, il donne une part importante à l’improvisation même s’il prépare des modèles avant de se lancer. Il utilise aussi une méthode appelée pliage humide qui consiste à mouiller la feuille pour préserver des plis arrondis qui donnent les formes les plus vivantes et réalistes.

Le second, l’américain Robert Lang (site en anglais) est à l’origine un physicien. Il est l’un des plieurs d’origami les plus célèbres au monde, particulièrement car il est à l’origine d’une étude théorique détaillée de la création d’un modèle (expliquée en détail dans le livre “Origami Design secret” illustré à droite). Ses origamis sont extrêmement techniques et aux contours plus secs que les créations d’Éric Joisel. Ses insectes sont très renomés ainsi que son horloge.
Prenez quelques minutes pour découvrir ces deux artistes et vous émerveiller de la complexité et du temps nécessaires à la réalisation de leurs sculptures. Même si c’est parfois difficile à croire, elles sont toutes réalisées à partir d’une simple feuille de papier. En attendant d’en arriver à de telles performances, vous pouvez découvrir les bases ici. Bon pliage !


