Bluette : Zen
Le sable du jardin Zen est intact. Le râteau et sa chaîne sont rangés dans le coin, comme je les ai laissés la veille. J’inspire, je vide mon esprit. J’expire. Viendra-t-elle aujourd’hui ?
Un ciel bleu sans nuage. Quatre murs blancs immaculés. Un rectangle de sable gris clair et une pierre noire enchâssée au milieu du jardin. J’attends l’apparition du soleil au dessus du mur qui me fait face. J’inspire. Je fais mienne la tâche à venir. J’expire. Est-elle venue hier ?
La chaleur de mon seul spectateur dilate les pores de mon crâne chauve. Je peux commencer. Je place la chaîne parfaitement enroulée sur mon épaule. Je m’empare du râteau. Je sors mon pied gauche de sa sandale et le pose sur le sable. Impossible de reculer maintenant, le chaos introduit doit être chassé. Je sors mon pied droit de sa sandale et le pose à côté de mon pied gauche. Le sable m’accueille et coule entre mes orteils. J’inspire. Ni plaisir, ni douleur. J’expire. Quand lui ai-je parlé pour la dernière fois ?
Le soleil s’élève au dessus de mon horizon artificiel. Il m’invite à progresser. Un pas. Je pose le râteau contre mon flanc. Je déroule la chaîne et la dépose dans le sable. Un à un les maillons créent un cataclysme miniature dans les sillons. J’inspire. Je me concentre sur la simplicité de l’acte. J’expire. Pourquoi a-t-elle souillé mon jardin ?
L’intensité du soleil blanchit le rectangle bleu qui me surplombe. J’entreprends la création des premiers sillons. La chaîne est une traîne encombrante mais nécessaire. Sillons transversaux, perpendiculaires aux sillons longitudinaux d’hier et identiques au sillons d’avant-hier. Un balancier géométrique. J’inspire. Je relève le râteau en bout de course. J’expire. La perfection l’effraie-t-elle à ce point ?
Le soleil atteint son zénith. J’ose interrompre mon travail pour contempler le chemin parcouru. Écrasés par la lumière, les sillons disparaissent. Je continue. À la fin de chaque rangée de sillons, j’enroule méticuleusement la chaîne sur mon épaule. J’inspire. Je contrôle le tremblement de mes mains. J’expire. A-t-elle compris le sens de ma colère ?
Encore quelques minutes de lumière. Plus qu’une rangée de sillons. La chaîne est lourde sur mon épaule. J’inspire. Je sèche une larme au coin de mon œil droit. J’expire. Me donnera-t-elle une chance de lui demander pardon ?
Le soleil disparaît derrière mon horizon restreint. J’enfile ma sandale droite puis ma sandale gauche. Je pose le râteau contre le mur et j’accroche sa chaîne parfaitement enroulée. J’examine mon travail. J’inspire. Je rejette toute sensation de fierté. J’expire. Elle viendra demain.
Je ferme la porte.
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Photo par /\/òO




Ce n’est pas un bluette à mon sens, mais c’est original, bravo pour l’inspiration.
Merci
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